Lycées qui proposent l’arabe en langue en Ile de France

Cinquième langue la plus parlée au monde, deuxième langue de France par le nombre de locuteurs, l’arabe reste pourtant l’un des grands oubliés de l’offre linguistique des lycées d’Île-de-France. Une cartographie de la région révèle une réalité paradoxale : dans une académie qui scolarise plus d’un million d’élèves dans le secondaire, seuls vingt-quatre lycées proposent aujourd’hui l’enseignement de l’arabe à leurs élèves.

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Sommaire :

L’arabe au lycée : 24 lycées pour toute une région

À l’échelle de l’Île-de-France, 24 établissements seulement permettent à un lycéen d’étudier l’arabe dans le cadre de sa scolarité. La quasi-totalité de ces établissements (vingt-trois sur vingt-quatre) appartient au secteur public ; un seul établissement privé, le Cours Clapeyron à Paris, complète l’offre.

L’arabe y est très majoritairement proposé en deuxième langue vivante (LV2) : c’est le cas dans vingt-et-un lycées franciliens. Trois établissements seulement permettent de l’étudier en LV1, c’est-à-dire dès la classe de seconde comme langue principale après l’anglais. Il s’agit du Lycée international Honoré de Balzac (Paris 17e), du Lycée polyvalent Auguste Blanqui (Saint-Ouen) et du Lycée polyvalent international de l’Est parisien (Noisy-le-Grand).

Ces trois sites jouent un rôle clé : ils permettent à des élèves arabophones ou très avancés de poursuivre un apprentissage approfondi, et non simplement d’aborder la langue à partir de zéro en seconde.

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Une géographie déséquilibrée : la Seine-Saint-Denis en tête

arabe aux lycées en ile de france

La Seine-Saint-Denis concentre à elle seule plus de 40 % de l’offre francilienne, avec dix lycées : Henri Wallon (Aubervilliers), Alfred Nobel (Clichy-sous-Bois), Eugène Delacroix (Drancy), Jacques Brel (La Courneuve), Jean Jaurès (Montreuil), le lycée polyvalent international de l’Est parisien (Noisy-le-Grand), Marcelin Berthelot (Pantin), Rosa Parks et Suger à Saint-Denis, et Auguste Blanqui à Saint-Ouen. Cette densité reflète l’importance des populations d’origine maghrébine dans le département, mais aussi une politique volontariste de l’académie de Créteil pour offrir une continuité depuis le collège.

À l’inverse, la Seine-et-Marne n’apparaît dans aucune des listes : aucun lycée du département ne propose l’arabe, ce qui contraint les familles à se tourner vers l’enseignement à distance via le CNED ou vers le secteur associatif. Le déséquilibre est également marqué dans les Yvelines, le Val-de-Marne et l’Essonne.

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Arabe littéraire vs dialectes arabes : quelles différences ?

L’arabe littéraire, ou arabe standard moderne (ASM), est la forme formelle de la langue arabe utilisée dans l’écriture, les discours officiels, les médias et l’enseignement. Il repose sur une grammaire codifiée et un vocabulaire panarabe commun, garantissant une compréhension mutuelle entre locuteurs arabes de régions différentes. Sa prononciation est normalisée et enseignée dès l’école, ce qui en fait la langue de référence dans les contextes institutionnels et religieux.

À l’inverse, les dialectes arabes sont des formes orales, informelles, façonnées par l’histoire et les échanges culturels propres à chaque région. Ils présentent un vocabulaire local souvent enrichi d’emprunts aux langues de contact (français, anglais, turc, berbère, etc.), une grammaire plus souple, et une prononciation qui peut varier considérablement d’une zone à l’autre. Les dialectes s’apprennent de manière naturelle, en famille ou dans la communauté, et non via l’enseignement scolaire. Cette différence d’usage crée parfois un fossé important dans la compréhension, notamment entre certaines régions éloignées comme le Maghreb et le Golfe.

Quant à l’arabe coranique, c’est la forme classique de la langue arabe utilisée dans le Coran et dans la littérature ancienne. Plus ancien que l’ASM, il présente un vocabulaire et des structures grammaticales parfois différents de la norme moderne. Bien que proche de l’arabe littéraire, il est plus complexe et conserve des tournures propres à l’époque préislamique. Sa maîtrise est indispensable pour la lecture et la compréhension du Coran, mais il n’est pas utilisé dans la conversation quotidienne. Ainsi, une personne maîtrisant l’arabe moderne aura plus de facilité à comprendre l’arabe coranique qu’un locuteur de dialecte arabe.

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Paris : cinq lycées et un fleuron international

Au cœur de la capitale, cinq lycées proposent l’arabe : Claude Monet, Louis-le-Grand, Voltaire, le Lycée international Honoré de Balzac et le Cours privé Clapeyron.

Le Lycée Honoré de Balzac, dans le 17e arrondissement, occupe une place à part : il abrite l’une des deux seules sections internationales d’arabe de France (l’autre se trouvant à Grenoble). Cette section, ouverte depuis plusieurs décennies, prépare aux examens du baccalauréat avec une option internationale (OIB) et accueille des élèves dont le niveau de langue se rapproche du bilinguisme.

La présence du prestigieux Lycée Louis-le-Grand dans la liste rappelle que l’arabe n’est pas seulement enseigné dans les zones à forte population issue de l’immigration : il fait aussi partie, dans certains établissements de centre-ville, d’une offre de langues rares destinée aux élèves les plus scolaires.

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Savoir lire le Coran et écrire en arabe

Apprentissage à travers 5 sourates

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Un enseignement national en recul

Selon les chiffres du ministère de l’Éducation nationale, l’enseignement de l’arabe littéral au collège et au lycée réunissait environ 11 174 élèves en 2017, soit deux élèves sur mille. Les effectifs sont depuis remontés : on compte aujourd’hui environ 222 professeurs d’arabe et plus de 18 000 élèves arabisants dans le secondaire, un chiffre qui reste très faible comparé aux 41 000 élèves étudiant le chinois.

Le contraste est saisissant lorsqu’on le rapporte au secteur associatif. À elles seules, six écoles associatives d’Île-de-France dispensent des cours d’arabe à 14 000 élèves, soit deux fois les effectifs d’élèves apprenants d’arabe de l’Éducation nationale.

Autrement dit : pour un élève qui apprend l’arabe à l’école publique, plusieurs autres le font dans un cadre associatif, souvent religieux, échappant en partie au contrôle pédagogique de l’État. À l’instar d’Alimnee, qui propose plusieurs formations dont une formation de l’arabe coranique pour débutants.

Ce qui en sort de la carte francilienne

La carte des vingt-quatre lycées d’Île-de-France raconte trois histoires en une.

C’est d’abord celle d’une offre rare et fragile, où une commune comme Argenteuil compte à elle seule deux lycées arabisants (Fernand et Nadia Léger, Julie-Victoire Daubié) tandis que des départements entiers se retrouvent sans solution.

C’est ensuite celle d’une concentration géographique forte, la Seine-Saint-Denis et Paris regroupant à eux deux 15 des 24 lycées. Les familles vivant hors de ces zones se heurtent souvent à un dilemme : choisir un lycée éloigné du domicile, ou renoncer à l’apprentissage de la langue dans le cadre scolaire.

C’est enfin celle d’un enseignement majoritairement abordé en LV2, c’est-à-dire généralement en classe de seconde et pour un volume horaire limité. Les filières les plus exigeantes (LV1, section internationale) restent l’exception et concernent une poignée d’établissements.

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